COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 14 MARS 2015 A PARIS

Une réunion d’information sur les angioedèmes s’est tenue le samedi 14 mars à l’hôpital Cochin/Port Royal, au lendemain des  journées scientifiques et médicales sur l’angioedème destinées aux médecins.

 


 

La matinée a permis de réunir patients, médecins du Centre de Référence et représentants de laboratoire, suivie ensuite d’une rencontre entre adhérents de l’association après une petite collation.

 

Nous remercions vivement le Pr Anne GOMPEL (hôpital Cochin, Paris)  de nous avoir accueillis, ainsi que de son exposé sur les angioedèmes, les Pr Laurence Bouillet et Dr Isabelle Boccon-Gibod (CHU de Grenoble) d’avoir encadré cette réunion et répondu aux questions des patients.

 

Nous remercions les infirmières du CREAK de leur participation et Me Isabelle Citerne (infirmière à Lille) pour sa présentation.

 

Nos remerciements s’adressent également aux représentants du laboratoire Biocryst pour leur communication sur un nouveau traitement.

 

 

CREAK  (CENTRE DE REFERENCE DES ANGIOEDEMES A KININES)

 

Le CREAK a été labellisé en 2006, dans le cadre du plan « maladies rares ».

Le Pr Laurence Bouillet,  coordonnatrice du Centre de Référence, rappelle son rôle et son fonctionnement. Il s’agit d’un centre multi-sites avec plusieurs centres partenaires et associés répartis sur tout le territoire.

LeDr Isabelle Boccon-Gibod est médecin attaché et responsable de l’éducation thérapeutique. 

  

Le CREAK vient d’élaborer deux nouveaux documents à l’intention des patients :

 

  • « mon carnet de suivi » qui permet de noter ses crises d’AOH et les traitements reçus. Il est recommandé de le remplir et de l’apporter à chaque visite chez son médecin ; il vous sera remis par les médecins spécialistes ou infirmières des différents centres.

 

  • « je voyage », brochure conçue dans le cadre du programme d’éducation thérapeutique, donne les conseils indispensables avant et pendant un voyage (disponible à l’association sur demande).

 

CLASSIFICATION DES ANGIOEDEMES

 

Les oedèmes les plus fréquents dans la population sont les oedèmes histaminiques. Les manifestations cliniques peuvent être les mêmes, mais non les traitements (sauf  exception, comme Exacyl qui peut fonctionner pour les deux). 

 

Parmi les oedèmes bradykiniques, on distingue :

 

  • La forme héréditaire (cas les plus nombreux)
  • les type I et II, dus à un déficit en C1 inhibiteur (C1 inh) quantitatif (type I) ou fonctionnel (type II) ;
  • le type III, pour lequel le diagnostic est très difficile, car il n’y a pas de déficit en C1 inh ; une petite proportion d’entre eux présente une mutation du facteur XII ;
  • les oedèmes acquis, d’apparition plus tardive dans la vie du patient et qui dépendent aussi de la maladie sous-jacente.
  • Les angioedèmes médicamenteux, secondaires à la prise d’IEC (inhibiteur de l’enzyme de conversion), utilisés pour le traitement de l’hypertension artérielle.

 

Il est essentiel de parvenir au bon diagnostic. C’est pourquoi il est nécessaire de se faire suivre par un médecin référent. S’il y a doute ou interrogations, le dossier du patient est alors présenté en  réunion de concertation pluridisciplinaire afin d’affiner le diagnostic.

 

MECANISME DE LA CRISE D’ANGIOEDEME

 

L’angioedème est causé par l’augmentation brutale et localisée de la perméabilité vasculaire. Dans le cas de l’angioedème  bradykinique, la protéine qui contrôle la bradykinine fonctionne moins bien et celle-ci est libérée dans les vaisseaux, provoquant des gonflements et/ou une sub occlusion intestinale.

Icatibant (Firazyr) lutte contre cette bradykinine et interrompt la formation de l’œdème.

Berinert ou Cinryse apportent du C1 inh  qui est la protéine manquante et régule l’activation des médiateurs parmi lesquels la bradykinine.

 

TRAITEMENTS

 

Il est important de bien connaître sa maladie pour pouvoir, avec son médecin, choisir le meilleur traitement possible.

 

Les crises restant imprévisibles, même si des facteurs déclenchants ont pu être identifiés, il est essentiel d’avoir toujours avec soi un traitement d’urgence (Firazyr ou Berinert).

 

Berinert et Cinryse (concentrés de C1 inh) peuvent être utilisés en cas de crise sévère ou en prophylaxie.

Firazyr est destiné au traitement de la crise sévère (adultes et adolescents à partir de 30 kg).

 

L’angioedème héréditaire est une maladie sensible aux hormones. Les crises peuvent être augmentées par les oestrogènes, c’est pourquoi un certain nombre de patientes ont plus de crises pendant les périodes d’ovulation et de menstruations ou pendant la grossesse.

La contraception par les oestrogènes de synthèse peut également favoriser les angioedèmes. Il faut utiliser des molécules sans oestrogènes (exemple : Luteran). 

 

Pour les types I et II, la cortisone n’est pas un traitement.

 

 

Numéro national d’appel d’urgence 
   06 74 97 36 88

 

 

 

QUESTIONNAIRE DE QUALITE DE VIE DU MALADE AOH
 (Isabelle Citerne, Infirmière à Lille)

 

 

Cette enquête, effectuée à partir 38 patients ayant un angioedème bradykinique,  avait pour objectif était de mieux connaître les caractéristiques et le retentissement de l’AO ainsi que l’impact des traitements, leur tolérance et leur efficacité.

 

L’âge moyen est de 43 ans. Il y a autant de femmes que d’hommes touchés par la maladie.
 83 % des patients estiment qu’un membre de la famille est atteint par la maladie. 

 

Enfants : 17 ont un enfant atteint soit 45% ; 19 n’ont pas d’enfant atteints soit 50% ; 2 ne savent pas car le test n’a pas été fait soit 5%. 

 

Type d’AO  : On note une majorité de type I (83 %)  Type II : 1 pers. (2%)  Type III : 4 pers. (10%) Acquis : 2 pers.  (5%)

 

Nombre de crises de la dernière année : 1 à 2 par mois : 20,6 %,  inférieur à 10 par an : 76,5 %

 

Localisation : 26 abdominales, 22 main,16 pied, 10 mb inf, 9 mb sup, 13 face, 7 langue, 2 larynx, autres 6, 5 n’ont pas précisé, 1 partie génitale (57 % des patients font des crises au dessus des épaules)

 

Intensité des crises : la douleur est 5 pour 53 % et 5 pour 46 % ; elle peut atteindre 8 à 9 pour les crises abdominales

 

Les facteurs déclenchants sont par ordre décroissant : contrariétés ou émotions, stress*, fatigue, traumatismes, médicaments, infection, dentiste ou intervention, contraception et grossesse…

 

Emotions accompagnant les crises :  principalement angoisse, irritabilité    

 

Traitement utilisé : Firazyr  24 % ;Exacyl 34 % ; Berinert  2 %

 (pour une crise non sévère : 25 % Exacyl, 5 % antalgique)

 

Hospitalisation : 62 % ont déjà été hospitalisés et 5,4% ont été en réanimation 

 

Crise sévère : 21 % utilisent Firazyr (les ¾ des patients font leur injection eux-mêmes) 15 % Exacyl et 5 % Berinert.

 

Durée moyenne d’une crise : supérieure à 48 h pour plus de 50 %

 

Réponse aux traitements : bonne pour Firazyr et Berinert

 

Traitement de fond : 75 % Danatrol (les effets indésirables sont bien vécus),  25 % Exacyl 

 

Travail : la maladie peut avoir des répercussions : absentéisme (20 %), arrêts maladie (42 %), impact sur la carrière (17 %)

Stress* au travail : les ¾  y sont exposés

 

Discrimination : 25 % déclarent l’avoir subie

 

Proches ou enfants  atteints : la moitié des personnes concernées le vit mal

 

Vie sentimentale : la majorité en est satisfaite

 

Vie sexuelle : pas de gêne de l’AOH pour 75 %

 

Vie sociale : pas de gêne pour 80 %

 

Activité sportive : 60 % en  pratiquent une (restrictions : sport collectif, sport de combat, sport d’endurance)

 

Limites : certaines activités extérieures (sorties, vacances) ou sportives

 

Anxiété : éprouvée par 30 à 50 %

Dépression : rare

 

Connaissance de la maladie, des traitements, gestion des crises: satisfaisante pour une grande majorité (les patients sont informés sur l’angioedème par leur médecin spécialiste, l’association ou l’infirmière du CREAK).

 

*un projet d’étude est à l’ordre du jour sur la gestion du stress, celui-ci étant un facteur déterminant pour le déclenchement des crises.

 

 

DEVELOPPEMENT D’UN INHIBITEUR ORAL DE LA KALLIKREINE POUR PREVENIR LES CRISES D’AOH  (Société BIOCRYST)

 

 

Le rôle de la kallikréine plasmatique et de la bradykinine dans l’AOH a été mis en évidence.

 

La synthèse des molécules est “taillée sur mesure” et est guidée par la structure troisdimensionnelle de la protéase cible.
La  kallikréine plasmatique est une cible cliniquement validée.

Le médicament BCX4161 se lie fermement au site actif de la kallikréine.

 

Un premier essai a eu lieu sur 24 patients (en Allemagne et Grande Bretagne), en double aveugle et contre placebo.  Critère d’inclusion : une crise ou plus par semaine.

 

Les résultats de cette étude montrent une réduction du nombre de crises : 79 sous  BCX4161 contre   123 sous placebo. Le taux de crises hebdomadaires a baissé pour tous les patients (sauf 2) :   0,82  sous  BCX4161  contre 1,27 sous placebo. La durée moyenne des crises a également diminué.

 

Les effets indésirables constatés sont comparables à ceux du placebo.

 

Une étude va être menée en France dans les centres de Grenoble, Lille et Paris (Pr FAIN).

 

Ce nouveau traitement de fond se prend par la bouche (prise de 5 pilules 3 fois par jour) et l’essai dure 12 semaines. Les personnes intéressées (plus de 18 ans, type 1 ou 2) peuvent contacter ces centres où les médecins spécialistes pourront  leur apporter toutes les informations nécessaires. Les déplacements induits (visites à l’hôpital) sont remboursés.  

 

REUNION DE L’ASSOCIATION

 

Notre association regroupe actuellement 280 membres et se réunit une fois par an, habituellement au lendemain des journées médicales du CREAK, bénéficiant ainsi de la présence de médecins spécialistes de l’angioedème.

 

Elle est présente lors des réunions ou congrès internationaux (Washington en 2014, Budapest en 2015) et est en contact avec les différents laboratoires ainsi que les autorités de santé.

 

La cotisation annuelle est de 10 euros (chèque à l’ordre d’AMSAO, à adresser au secrétariat).